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Norman Ajari

Philosophie → Pensée décoloniale & critique sociale → Auteur (contemporain) — Norman Ajari (né en 1987) est un philosophe français contemporain, figure de la pensée décoloniale et de la philosophie…

Philosophie → Pensée décoloniale & critique sociale → Auteur (contemporain)


Enjeu global Norman Ajari (né en 1987) est un philosophe français contemporain, figure de la pensée décoloniale et de la philosophie de la condition noire dans l’espace francophone. Héritier de Fanon et de Mbembe, il articule deux fronts : penser la dignité et la condition noire face à un monde structuré par la race (La Dignité ou la mort, 2019), et, plus récemment, forger une critique politique des nouvelles technologies sous le concept de technofascisme. Son geste constant : remettre de la dialectique et de la lutte des classes là où le débat public tend à homogénéiser (“l’humanité” contre “la machine”, “tous” contre le virus, etc.).

Histoire intellectuelle (sources et ruptures) Ajari s’inscrit dans la lignée Fanon–Mbembe (la race comme structure de domination, voir La Philosophie Africaine, Pensée et Littérature Décoloniales), mais il y greffe un marxisme assumé : il mobilise Lénine (l’impérialisme comme stade monopoliste), l’internationalisme ouvrier, et Huey P. Newton (les Black Panthers, l’“intercommunalisme”). Il dialogue de façon critique avec l’École de Francfort (réticent à la dissolution habermassienne de la critique dans la “discussion”).

Thèses principales

1. La dignité noire contre la “vie nue” (La Dignité ou la mort, 2019) Contre une lecture qui réduirait la condition noire à la seule victimisation, Ajari pense la dignité comme puissance d’affirmation et de résistance, ancrée dans l’expérience historique de l’esclavage et de la colonisation.

  • Contradicteur : débat avec l’afropessimisme américain (Wilderson) — la condition noire est-elle une exclusion radicale et sans issue, ou un lieu de dignité et de lutte ? Ajari refuse le pur désespoir.

2. Le technofascisme : attaquer ceux qui produisent l’IA, pas “la machine” C’est l’apport de son livre Technofascisme. Sa critique se construit en deux temps, contre ce qu’il appelle ironiquement la “critique professorale” de l’IA (l’angoisse de l’enseignant face aux devoirs générés, élevée au rang d’ontologie : “l’humanité se désapprend”).

  • Critique des usages : les textes “remplacés” par l’IA (rapports, lettres de motivation, comptes-rendus) sont des écrits évaluatifs du capitalisme managérial — au lieu d’accuser l’IA, interrogeons une société qui exige ces tonnes de textes insignifiants.
  • Critique de la production (l’essentiel) : viser les firmes et les milliardaires qui produisent ces technologies. Dénoncer une “menace sur l’humanité” homogénéise et efface les classes ; or la fracture passe à l’intérieur de la société (écho au discours du Covid).
  • Contradicteur (qu’il vise) : les critiques “humanistes” de l’IA (transfert de l’esprit dans la machine, fin de l’humain) — idéologiques car elles masquent qui produit et qui profite (voir Compression).

3. Le technofascisme défini : la conscience de classe de l’“hyperclasse” Le technofascisme n’est pas le vieux fascisme + des gadgets : c’est une pratique du pouvoir sécrétée par la Silicon Valley, premier symptôme de la conscience de classe d’une “hyperclasse” mondiale (quelques milliers de milliardaires dont la puissance dépasse celle de petits États).

  • La figure centrale — Peter Thiel : investisseur (PayPal, Facebook, Palantir), intellectuel d’extrême droite lecteur de Carl Schmitt, premier soutien de Trump. Son entrepreneuriat est doctrinal : des entreprises dotées d’une “mission” qui transforment la société de l’intérieur (Airbnb, Uber) en court-circuitant l’État, les syndicats, les protections sociales — but ultime : la privatisation de l’État.
  • Caractéristique clé : un fascisme sans appel au peuple. Là où le fascisme du XXe s. tirait sa légitimité du peuple (le Führer comme réceptacle), le technofascisme tire la sienne de la victoire sur les marchés ; il transforme la société par l’adoption des technologies, sans besoin de vote ni d’assentiment. L’entreprise comme dictature, le CEO comme souverain.

4. L’archéofuturisme et la “répartition inégalitaire de l’avenir” Ajari emprunte (de façon descriptive) le concept d’archéofuturisme à l’idéologue d’extrême droite Guillaume Faye : l’alliance d’un noyau archaïque invariant (hiérarchies raciales, de genre, de classe — “le roi et ses sujets”) et d’une fuite en avant technologique permanente.

  • Conséquence : une histoire à deux vitesses — des populations “sans avenir” (Suds, racisés), des populations “au temps ralenti” (classe ouvrière), et une hyperclasse vouée au progrès explosif jusqu’au transhumanisme.
  • Le transhumanisme comme néo-eugénisme : créer littéralement une “race supérieure” (Nick Land parle d’“hyperracisme”) — ce que le racisme scientifique du XIXe (crâniométrie) n’avait pas réussi à prouver, la biotechnologie prétend le fabriquer. Ajari relie cela à la socialisation des “PayPal Mafia” dans l’Afrique du Sud de l’apartheid (Thiel, Musk, Sacks).

5. Contre le “technoféodalisme” : c’est l’impérialisme, pas le retour de la féodalité Ajari critique la thèse du technoféodalisme (Cédric Durand, Varoufakis : retour à une économie de rente). Pour lui, l’économie de monopole n’est pas un “retour au féodal” mais la logique impérialiste déjà décrite par Lénine (capitalisme monopoliste). Exemple : Palantir (Thiel) et son logiciel Gotham, outil d’aide à la décision militaire modélisant des “kill chains” (chaînes de meurtre), réservé aux USA et alliés (Israël, DGSI française, NHS britannique) — l’“arme logicielle” comme successeur de l’arme atomique au XXIe s.

Que faire ? (la dimension stratégique) Ajari ne se contente pas du diagnostic : les data centers (usines géantes, peu d’ouvriers, énormes besoins en eau/énergie, ex. Colossus de Musk à Memphis, polluant un quartier noir pauvre) sont des cibles stratégiques matérielles ; le sabotage de Tesla (faire “dévisser” l’action) a montré une prise possible. Horizon : une internationale ouvrière renouvelée, l’intercommunalisme de Huey P. Newton contre des multinationales sans frontières.

Postérité et controverses Ajari est une voix montante et clivante du débat français : célébré comme un penseur qui renouvelle la critique du capitalisme technologique en y réintégrant race et classe ; contesté par les universalistes républicains (comme l’ensemble du champ décolonial) et par ceux qui jugent le concept de “technofascisme” trop extensif ou polémique.

Nuance critique La force d’Ajari est de rematérialiser la critique de l’IA (qui produit ? qui profite ? où sont les serveurs ?) au lieu de la spiritualiser (“la machine contre l’homme”). Sa limite est celle du mot “fascisme” : appliqué à des phénomènes très divers (extrême droite électorale, dérive autoritaire macronienne, Silicon Valley), il risque de perdre en précision ce qu’il gagne en force d’alarme — Ajari en est conscient et revendique d’en proposer une définition discutable, matière à débat.

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