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Achille Mbembe

Philosophie & Histoire → Pensée décoloniale contemporaine → Auteur (XXe-XXIe s.) — Historien et philosophe camerounais, Achille Mbembe est l'une des voix majeures de la pensée africaine et…

Philosophie & Histoire → Pensée décoloniale contemporaine → Auteur (XXe-XXIe s.)


Enjeu global Historien et philosophe camerounais, Achille Mbembe est l’une des voix majeures de la pensée africaine et décoloniale contemporaine. Son apport : penser ce que devient le pouvoir après la colonisation — ni vraiment fini, ni semblable à l’Occident —, et forger un concept appelé à durer, la nécropolitique : le pouvoir non plus comme administration de la vie, mais comme gestion de la mort, décision de qui peut vivre et qui doit mourir.

Histoire intellectuelle (sources et ruptures) Mbembe prolonge Fanon (l’aliénation, la race) et Foucault (le biopouvoir : le pouvoir moderne gère la vie des populations, voir La Démographie) — mais il retourne Foucault : dans les colonies et beaucoup de situations contemporaines, le pouvoir s’exerce surtout comme pouvoir de faire mourir, pas de “faire vivre”. Il dialogue aussi avec Hegel, Césaire, et l’expérience africaine concrète.

Thèses principales

1. La nécropolitique (Nécropolitique, 2006) Foucault parlait de biopouvoir (gérer, optimiser la vie). Mbembe objecte : dans la colonie, l’esclavage, l’apartheid, les camps, les guerres contemporaines, le pouvoir se définit d’abord par sa capacité à décider de la mort — à créer des “mondes de mort”, des populations vouées à une survie précaire.

  • Exemple : la plantation esclavagiste, la colonie, l’occupation militaire, les zones où des populations entières sont maintenues entre vie et mort. Concept très repris pour analyser les frontières, les migrations, les conflits (voir Gaza et le Conflit Israélo-Palestinien).
  • Contradicteur : certains jugent le concept trop extensible (on l’applique à tout) et trop sombre, au risque de réduire toute politique à la mort et d’effacer les nuances entre situations.

2. La postcolonie (De la postcolonie, 2000) Mbembe décrit le pouvoir dans l’Afrique postcoloniale non comme une simple copie ratée de l’État occidental, mais comme un régime propre : grotesque, violent et intime à la fois, où dominants et dominés sont liés par une “convivialité” trouble (le pouvoir n’est pas seulement subi, il est partagé, parodié, vécu au quotidien).

  • Apport : penser l’Afrique en elle-même, pas seulement comme “manque” par rapport à l’Europe (écho à Mudimbe, voir La Philosophie Africaine).

3. Le “devenir-nègre du monde” (Critique de la raison nègre, 2013) Le “Nègre” fut le nom de l’homme réduit à une marchandise, à un corps exploitable (la traite, l’esclavage). Mbembe avance une thèse provocante : avec le capitalisme néolibéral et le numérique, cette condition s’étend à toute l’humanité — nous devenons tous des données, des ressources exploitables, commercialisables. Le “nègre” devient une condition potentiellement universelle.

  • Lien : à rapprocher de la marchandisation totale (voir Compression, L’Argent — Gérer, Négocier, Décider).
  • Contradicteur : étendre la condition “nègre” à tous risque, selon certains, de diluer la spécificité de l’expérience noire et de l’esclavage (même tension que pour Senghor et Fanon).

Postérité et controverses Mbembe est aujourd’hui mondialement lu, primé (prix Ernst-Bloch, Holberg). Sa pensée nourrit les débats sur la race, les frontières, l’écologie, le numérique. Contesté : en 2020, une polémique en Allemagne l’a accusé d’antisémitisme à propos de comparaisons entre apartheid/colonisation et d’autres situations — accusations qu’il a fermement rejetées, et qui ont déclenché un large débat sur les limites de la critique postcoloniale.

Nuance critique Mbembe pense depuis l’Afrique mais refuse l’enfermement identitaire : il plaide pour un “en-commun”, une humanité partagée et une “politique du vivant” planétaire (notamment écologique). Sa difficulté est celle de tout le champ décolonial : tenir ensemble la dénonciation des dominations raciales et un horizon universel qui ne soit pas le faux universel européen.

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