Le « livre » qui décide de ce qui compte comme trouble mental — et donc, en partie, de ce qui compte comme normal.
L’essentiel
⭐ De quoi il s’agit. Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est le manuel de classification des troubles mentaux publié par l’Association américaine de psychiatrie (APA). Sa dernière édition est le DSM-5 (2013, révisé DSM-5-TR en 2022). Devenu une référence mondiale, il fournit pour chaque trouble une liste de critères observables et un seuil (nombre de symptômes, durée) à partir duquel poser un diagnostic.
🔑 Une approche catégorielle et « athéorique ». Depuis le tournant du DSM-III (1980), le manuel a voulu se démarquer des écoles théoriques (notamment psychanalytique) en décrivant les troubles par leurs symptômes, sans présumer de leurs causes. Objectif affiché : rendre les diagnostics reproductibles d’un praticien à l’autre (fiabilité). 🔑 Un outil, pas une vérité. Le DSM range les patients en catégories (on « a » ou « n’a pas » le trouble), là où beaucoup de manifestations psychiques sont en réalité des continuums d’intensité. Il sert aussi de langage commun pour la recherche, la formation et — surtout aux États-Unis — le remboursement par les assurances.
⚠️ Esprit critique
(1) Médicalisation du normal. En abaissant certains seuils ou en créant de nouvelles catégories, le DSM peut transformer des variations ordinaires de l’existence (deuil, timidité, agitation de l’enfant) en troubles à traiter — critique portée notamment par Allen Frances, pourtant maître d’œuvre du DSM-IV. (2) Inflation des diagnostics : le nombre de catégories a fortement augmenté d’une édition à l’autre. (3) Influence de l’industrie pharmaceutique : des liens d’intérêts entre experts rédacteurs et laboratoires ont été documentés, nourrissant le soupçon qu’élargir les diagnostics élargit les marchés de médicaments. (4) Une alternative existe : la CIM (Classification internationale des maladies) de l’OMS, plus utilisée hors des États-Unis, propose sa propre nosographie des troubles mentaux. Le DSM reste un instrument débattu, à manier par des cliniciens ; il ne se substitue pas à une évaluation individuelle.
🔗 Liens
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