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Les Dents de la mer : Naissance du Blockbuster

Art & Culture → Cinéma → Spielberg / Nouvel Hollywood — Les Dents de la mer est le film qui invente le blockbuster moderne et fait basculer Hollywood.

Art & Culture → Cinéma → Spielberg / Nouvel Hollywood


Enjeu global

Les Dents de la mer est le film qui invente le blockbuster moderne et fait basculer Hollywood. Tourné par un Spielberg de 29 ans, il transforme un thriller animalier en phénomène culturel et économique. L’enjeu est double : un sommet de mise en scène de la peur par l’absence (le monstre qu’on ne voit pas), et un tournant industriel — la sortie estivale massive qui clôt la parenthèse auteuriste des années 1970.

Caractéristiques objectives (fiche technique)

  • Réalisation : Steven Spielberg (1975), d’après le roman de Peter Benchley. Musique : John Williams (le motif de deux notes, Oscar).
  • Interprètes : Roy Scheider (Brody), Robert Shaw (Quint), Richard Dreyfuss (Hooper).
  • Récit : une station balnéaire (Amity) terrorisée par un grand requin blanc ; le chef de la police, un océanographe et un vieux pêcheur partent le tuer.
  • Box-office : premier film de l’histoire à dépasser 100 millions de dollars de recettes aux États-Unis ; 4 nominations aux Oscars (gagne son, montage, musique).
  • Subjectif : terreur estivale, tension, mais aussi récit d’aventure viril et camaraderie (le second acte en mer).

🎥 Démontage technique

1. La peur par l’absence (la contrainte devenue génie)

  • Le requin mécanique (surnommé “Bruce”) tombait sans cesse en panne. Spielberg, contraint, filme le requin le moins possible : on le devine (le motif de Williams, le tonneau jaune qui file sous l’eau, le point de vue subjectif du prédateur). Le requin n’apparaît en entier qu’à ~1h21.
  • Portée : l’absence fabrique la terreur mieux que la présence. C’est la leçon hitchcockienne du suspense (voir Thriller, Horreur (cinéma)) — appliquée par nécessité, érigée en principe.

2. Le travelling compensé (dolly zoom)

  • Sur le visage de Brody découvrant une attaque (plan sur la plage) : la caméra recule pendant que le zoom avance — le fond se déforme, le personnage semble figé dans l’effroi. Citation directe de Vertigo (Hitchcock).

⚖️ Thèses et débats

1. Le film qui a “tué” le Nouvel Hollywood (thèse de Biskind)

  • Thèse (Le Nouvel Hollywood, 1998) : avec Star Wars (1977), Les Dents de la mer invente le modèle du blockbuster (sortie large + matraquage TV + produits dérivés) et met fin au cinéma d’auteur risqué des années 1970. Hollywood redevient une industrie du divertissement de masse.
  • Contradicteur : lecture inverse — Jaws est lui-même un film d’auteur (mise en scène virtuose, tension morale dans la communauté d’Amity). Faire du cinéma populaire un art n’est pas une régression. Le “blockbuster” n’a pas tué le cinéma d’auteur, il l’a relégué — nuance.

2. Une angoisse sociale (lecture allégorique)

  • Thèse : le requin invisible et la municipalité qui cache le danger pour ne pas perdre la saison touristique ont été lus comme une allégorie (le Watergate, la peur diffuse de l’Amérique post-Vietnam — voir Privilège, l’intérêt économique contre la sécurité publique).
  • Contradicteur : Spielberg lui-même a toujours minimisé ces lectures — pour lui, Jaws est d’abord une machine à suspense. Le risque de la surinterprétation.

📚 Lectures critiques

  • Biskind : le tournant industriel (voir ci-dessus).
  • Kolker (A Cinema of Loneliness) : Jaws inaugure la maîtrise spielbergienne de la mise en scène du spectacle — une grammaire de la tension et de la révélation qui culminera dans le numérique (Jurassic Park).
  • Morris (Empire of Light) : déjà, le jeu de la lumière et du hors-champ comme appareil de suspense.

🔗 Notes Connexes