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Homère — L'Iliade et L'Odyssée

Mythologie & Littérature → Épopée grecque → Auteur (VIIIe s. av. J.-C. ?) — Homère est, par convention, l'auteur des deux poèmes fondateurs de la littérature occidentale : L'Iliade et L'Odyssée…

Mythologie & Littérature → Épopée grecque → Auteur (VIIIe s. av. J.-C. ?)


Enjeu global

Homère est, par convention, l’auteur des deux poèmes fondateurs de la littérature occidentale : L’Iliade et L’Odyssée (~VIIIe siècle av. J.-C.). Ces épopées ne sont pas de simples récits d’aventures : elles fixent les valeurs, les dieux et les héros de la Grèce antique, et posent les grandes questions qui n’ont cessé de hanter la culture européenne — la gloire et la mort, la colère et la pitié, le retour et l’identité. L’enjeu : comprendre à la fois ce que disent ces textes et le mystère de leur origine (la “question homérique”).

La question homérique : qui était Homère ?

  • Le problème : on ne sait quasiment rien d’Homère — ni s’il a existé comme individu, ni quand, ni où (sept cités revendiquaient sa naissance ; la tradition le dit aveugle).
  • Le débat : ces poèmes sont nés d’une longue tradition orale d’aèdes (poètes-chanteurs) qui improvisaient à partir de formules toutes faites (“Achille aux pieds rapides”, “l’aurore aux doigts de rose”). Les travaux de Milman Parry (années 1920-30) l’ont démontré : ces épithètes répétées sont des outils de mémorisation orale. D’où la question : “Homère” est-il un poète génial qui a fixé cette matière, ou le nom d’une tradition collective ? Sans doute un peu des deux.

L’Iliade — la colère et la guerre

  • Le sujet : non pas toute la guerre de Troie, mais un épisode de 51 jours dans la dernière année du siège. Le premier mot du poème donne le thème : la colère (mênis) d’Achille.
  • L’intrigue : Achille, le plus grand guerrier grec, se retire du combat par orgueil blessé (Agamemnon lui a pris sa captive). Les Grecs (Achéens) reculent. Quand son ami Patrocle est tué par le Troyen Hector, Achille revient, fou de douleur et de rage, tue Hector et outrage son corps. Le poème se clôt sur la rançon du corps d’Hector par son père Priam — scène de pitié bouleversante.
  • Les thèmes : l’honneur héroïque (kléos, la gloire qui survit à la mort), la fureur guerrière, le destin (moïra), la condition mortelle face aux dieux capricieux, et — au bout — la compassion entre ennemis.
  • Le Bouclier d’Achille (chant XVIII) : Héphaïstos forge un bouclier où sont gravés deux cités — l’une en paix (mariages, procès, moissons), l’une en guerre. Ce célèbre morceau d’ekphrasis (description d’une œuvre d’art) est une image du monde entier enchâssée dans le poème de guerre : au cœur de l’Iliade, le rappel de la vie ordinaire que la guerre détruit.

L’Odyssée — le retour et la ruse

  • Le sujet : le retour (nostos) d’Ulysse (Odysseus) vers son île d’Ithaque, dix ans après la chute de Troie. Trois fils narratifs : les épreuves d’Ulysse, l’attente de Pénélope (assiégée par les prétendants), et l’éveil de leur fils Télémaque.
  • Les épisodes mythiques : le Cyclope Polyphème (qu’Ulysse aveugle en se nommant “Personne”), la magicienne Circé, les Sirènes (Ulysse attaché au mât), Charybde et Scylla, l’île de Calypso, la descente aux Enfers. Puis le retour déguisé en mendiant et le massacre des prétendants.
  • Les thèmes : la ruse et l’intelligence (mètis — Ulysse est “l’homme aux mille tours”, polytropos), le voyage initiatique, la fidélité, la nostalgie du foyer, l’identité (se faire reconnaître). Une structure de l’errance et du retour qui irrigue toute la littérature (Ulysse de Joyce).
  • L’hospitalité (xenia) : l’Odyssée est un grand poème sur le devoir d’accueil. On mesure les peuples à la manière dont ils reçoivent l’étranger : le Cyclope Polyphème (qui dévore ses hôtes) est le comble de la sauvagerie ; les Phéaciens, l’idéal de la civilisation. L’hospitalité sacrée (protégée par Zeus) est le fil moral du voyage.

Style & forme

  • L’épopée : long poème narratif en hexamètres dactyliques, célébrant les exploits de héros, mêlant le monde humain et le monde divin.
  • Les procédés oraux : épithètes formulaires, comparaisons épiques développées (le guerrier comparé à un lion, à un incendie), répétitions, récit in medias res (on commence au milieu de l’action).
  • In medias res : L’Odyssée s’ouvre alors qu’Ulysse est déjà prisonnier de Calypso depuis des années ; les aventures sont racontées en flash-back par Ulysse lui-même — un procédé narratif d’une modernité frappante.

Dimension symbolique / postérité et débats

1. Le texte fondateur de l’Occident

  • Thèse : Homère est la matrice de la culture occidentale — il fixe le panthéon grec, les archétypes (le héros colérique, le héros rusé), et fut le manuel d’éducation (paideia) du Grec antique. Platon lui-même débat avec lui (et veut bannir les poètes de sa cité).
  • Référence : repris, traduit, réécrit sans fin — Virgile (L’Énéide), Joyce (Ulysse), les tragiques grecs, le cinéma.

2. Iliade vs Odyssée : deux visions du monde

  • Thèse : Simone Weil (L’Iliade ou le poème de la force, 1940) lit L’Iliade comme la grande méditation sur la force qui transforme l’homme en chose (le vaincu comme le vainqueur). L’Odyssée, elle, est le poème de la ruse, de la survie et du retour — moins tragique, plus romanesque. Deux faces de la condition humaine : subir la violence / la déjouer par l’intelligence.

3. Histoire ou mythe ?

  • Thèse : longtemps tenue pour pure légende, la guerre de Troie a retrouvé une once de réalité avec les fouilles de Heinrich Schliemann (qui croit retrouver Troie à Hissarlik, en Turquie, dans les années 1870). Le débat reste ouvert : noyau historique (un conflit mycénien réel ?) transfiguré par des siècles de mythe.

4. Les dieux, le destin et la liberté

  • Thèse : chez Homère, les dieux sont partout — ils prennent parti, trichent, se disputent, manipulent les héros (Athéna guide Ulysse, les Olympiens se partagent le camp grec ou troyen). Pourtant, au-dessus d’eux plane la moïra (le destin) que même Zeus ne peut défaire. Question ouverte : les héros sont-ils libres ou jouets des dieux ? Homère laisse coexister les deux — Achille choisit sa gloire tout en sachant qu’elle le condamne. C’est la matrice du tragique grec.

5. La cible de la « Querelle » — Homère indépassable ?

  • Thèse : pendant des siècles, Homère fut le modèle absolu de la poésie. C’est justement pour cela qu’il devient l’enjeu de la La Querelle des Anciens et des Modernes : en 1687, Perrault ose le critiquer (« inégal », « grossier ») pour prouver que les Modernes valent mieux ; Boileau le défend comme perfection intemporelle. La Querelle d’Homère (1714, Dacier vs La Motte) rejoue le combat sur sa traduction. Homère est ainsi devenu le terrain où l’Occident a débattu de la valeur du passé et de l’idée de progrès.

En bref

  1. Homère : auteur (légendaire) de L’Iliade et L’Odyssée (~VIIIe s. av. J.-C.), poèmes fondateurs de l’Occident.
  2. Question homérique : poète unique ou tradition orale collective ? (formules, Milman Parry) — sans doute les deux.
  3. L’Iliade : la colère d’Achille et la guerre de Troie ; l’honneur (kléos), la force, et la pitié finale (Priam).
  4. L’Odyssée : le retour d’Ulysse (nostos), la ruse (mètis), le Cyclope, les Sirènes, Pénélope ; l’errance et l’identité.
  5. Lectures : Simone Weil (L’Iliade = “poème de la force”), le statut histoire/mythe (Schliemann), la postérité infinie (Joyce, Virgile).

🔗 Notes connexes