Politique → Le pari de re-personnaliser le pouvoir — et son effondrement
L’essentiel
Emmanuel Macron (né en 1977 à Amiens). ENA, inspecteur des finances, banquier d’affaires chez Rothschild, secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Hollande, ministre de l’Économie (2014-2016). Il fonde En Marche en 2016, quitte le gouvernement, et gagne.
Élu président en 2017 à 39 ans — le plus jeune de l’histoire de France — puis réélu en 2022, deux fois face à Marine Le Pen. Il ne peut pas se représenter en 2027 (pas plus de deux mandats consécutifs).
⚠️ Fiche sur un mandat en cours : les faits sont datés, le jugement d’ensemble reste prématuré.
Le macronisme : deux idées et une méthode
- « En même temps » : le dépassement du clivage gauche/droite — être « et de gauche et de droite », donc progressiste contre conservateur/nationaliste. Ses partisans y voient du pragmatisme ; ses adversaires, une machine à ne rien trancher et à priver le débat de contradiction.
- La présidence « jupitérienne » : il assume vouloir restaurer la verticalité, la solennité, le mystère du pouvoir — après le quinquennat « normal » de Hollande. 👉 C’est une tentative explicite de RE-CHARISMATISER la fonction — c’est-à-dire de rejouer de Gaulle sans en avoir ni l’histoire ni les circonstances. Voir Le Charisme.
- La méthode : la verticalité et la vitesse (ordonnances, 49.3), au détriment des corps intermédiaires (syndicats, partis, élus locaux) — qu’il juge obsolètes.
Les crises (qui structurent les deux mandats)
- Les Gilets jaunes (2018-2019) : parti d’une taxe carbone sur les carburants, un mouvement sans chef, sans syndicat, sans parti — précisément le type de révolte que produit une politique qui a méprisé les corps intermédiaires. Violence inédite, ronds-points, Champs-Élysées. Il recule (10 Md€) et lance le « grand débat ».
- Le Covid (2020-2022) : « Nous sommes en guerre. » Confinements, « quoi qu’il en coûte » — un interventionnisme d’État massif, à rebours de son libéralisme initial.
- La réforme des retraites (2023) : 64 ans, passée au 49.3 sans vote de l’Assemblée. Mobilisations massives. Elle passe — et elle ruine ce qui restait de sa légitimité.
- L’Ukraine (depuis 2022) : il tente une médiation avec Poutine (échec), puis se durcit ; il pousse à une « autonomie stratégique » européenne — sa thèse la plus constante, et peut-être la plus prophétique.
La dissolution de 2024 : le pari qui casse tout
Le 9 juin 2024, au soir d’une lourde défaite aux européennes (le RN en tête), il dissout l’Assemblée nationale — sans y être contraint, sans en avertir presque personne.
Le résultat : une Assemblée sans majorité, coupée en trois blocs irréconciliables (gauche / centre / RN). La France devient structurellement ingouvernable.
Les gouvernements tombent en série : Attal → Michel Barnier (nommé sept. 2024, censuré en décembre 2024) → François Bayrou (renversé en septembre 2025) → Sébastien Lecornu.
👉 Analyse. La dissolution est un geste plébiscitaire — l’arme d’un chef qui fait appel au peuple par-dessus les partis. C’est exactement l’instrument gaullien (voir Charles de Gaulle). Mais l’arme ne fonctionne que si le peuple reconnaît le chef — et Weber l’avait dit : le charisme n’existe que dans la reconnaissance (voir Le Charisme). Macron a utilisé l’outil de de Gaulle sans en avoir le crédit. Le résultat est le contraire de celui recherché. Le précédent existait, et il était accablant : Chirac avait fait la même chose en 1997, et l’avait payé cinq ans.
Dimension symbolique
- La Vᵉ République arrive au bout de sa logique. Le régime a été taillé pour un homme providentiel (le charisme de de Gaulle institutionnalisé). Macron est le dernier à avoir pris cette promesse au sérieux — et son échec est celui du costume, pas seulement de l’homme. Un président tout-puissant sans majorité est une contradiction constitutionnelle. Voir La Démocratie, État.
- Le vide comme méthode. « En même temps » devait dépasser les clivages ; il a surtout vidé le centre de tout contenu et laissé le conflit s’installer aux extrêmes — qui, eux, disent quelque chose. Quand le pouvoir refuse de trancher, ce sont les autres qui définissent les termes du débat.
- La question ouverte, et il faut la poser honnêtement : a-t-il contenu l’extrême droite (deux victoires contre elle) ou l’a-t-il installée aux portes du pouvoir (en détruisant les partis de gouvernement qui la barraient) ? Les deux thèses sont défendables, et l’histoire tranchera. Voir Le Fascisme, Le Nationalisme, L’Esprit Critique.
À retenir
Emmanuel Macron (né 1977), énarque et banquier chez Rothschild, élu en 2017 à 39 ans (le plus jeune président de l’histoire de France), réélu en 2022 — deux fois contre Le Pen ; inéligible à un 3ᵉ mandat consécutif. Sa doctrine : « en même temps » (dépasser le clivage gauche/droite — pragmatisme pour ses partisans, machine à ne rien trancher pour ses adversaires) et une présidence « jupitérienne » — c’est-à-dire une tentative explicite de RE-CHARISMATISER la fonction, de rejouer de Gaulle sans en avoir les circonstances. Crises : Gilets jaunes (2018 — la révolte typique d’un pouvoir qui a méprisé les corps intermédiaires), Covid (« nous sommes en guerre », « quoi qu’il en coûte »), retraites à 64 ans au 49.3 (2023). Le point de bascule : la dissolution du 9 juin 2024, décidée seul, sans contrainte — qui produit une Assemblée sans majorité, coupée en trois blocs, et une ingouvernabilité structurelle : Barnier censuré (déc. 2024), Bayrou renversé (sept. 2025), puis Lecornu. L’analyse décisive : la dissolution est une arme plébiscitaire (gaullienne) — mais elle ne fonctionne que si le peuple reconnaît le chef, et le charisme n’existe que dans la reconnaissance (Weber). Il a employé l’outil de de Gaulle sans en avoir le crédit — comme Chirac en 1997.
🔗 Liens
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