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La Gauche contre les Lumières ? (Stéphanie Roza)

Une gauche qui aurait renié l'héritage qui l'a fondée — la raison, l'universel, le progrès. Un essai polémique au cœur de la bataille sur l'« universalisme ». ⭐ L'autrice & le livre.

Une gauche qui aurait renié l’héritage qui l’a fondée — la raison, l’universel, le progrès. Un essai polémique au cœur de la bataille sur l’« universalisme ».

⭐ L’autrice & le livre. Stéphanie Roza est une philosophe française, chercheuse au CNRS, spécialiste des Lumières et de l’histoire du socialisme/communisme. Dans La Gauche contre les Lumières ? (Fayard, 2020), elle soutient qu’une partie de la gauche radicale contemporaine a rompu avec l’héritage des Lumières — raison, universalisme, idée de progrès, émancipation — alors même que cet héritage a historiquement fondé la gauche.

🔑 La thèse. 🔑 Roza identifie trois courants qui formeraient une sorte d’« anti-Lumières de gauche » : (1) le postmodernisme (relativisme, soupçon envers la raison et la vérité universelle) ; (2) un certain courant différentialiste / décolonial / identitaire qui rejette l’universalisme comme un masque eurocentré de la domination ; (3) une écologie radicale anti-progrès / anti-technique de tonalité romantique. Son argument central est provocateur : cette gauche-là converge paradoxalement avec la tradition réactionnaire des « Anti-Lumières » (analysée par Zeev Sternhell : de Herder, Burke et Maistre jusqu’au fascisme) — le refus de l’universel et de la raison rapprochant des adversaires supposés. Contre cela, elle défend une gauche universaliste, rationaliste, matérialiste et progressiste (s’appuyant aussi sur les Lumières radicales de Jonathan Israel).

⚠️ Esprit critique (un débat vif, deux camps sérieux).

  1. Ce que le livre a de solide : il rappelle un fait historique réel — la gauche s’est bel et bien enracinée dans les Lumières (droits universels, raison émancipatrice) ; et il pointe une tension authentique : plusieurs courants actuels assument de critiquer l’universalisme et le progrès. Le rapprochement avec les anti-Lumières réactionnaires est une hypothèse stimulante.
  2. Ce qu’on lui reproche : (a) un amalgame — mettre dans le même sac postmodernisme, pensée décoloniale, écologie radicale, courants pourtant très différents ; (b) une lecture parfois caricaturale de la pensée décoloniale (qui ne « rejette » pas la raison mais interroge qui définit l’universel) ; © surtout, la face sombre des Lumières : les critiques rappellent que l’universalisme des Lumières a coexisté avec la colonisation, l’esclavage et un racisme « scientifique » — d’où l’idée décoloniale d’un universel faussement neutre. Roza répond qu’il faut distinguer les Lumières de leur trahison et sauver leur noyau émancipateur.
  3. L’enjeu réel : c’est le nerf du clivage universalisme abstrait vs universalisme situé, et classe vs race — exactement la ligne de fracture de la polémique PaduTeam vs Wissam. Un débat politiquement chargé (souvent happé par la querelle sur le « wokisme ») : à lire en gardant la présomption de bonne foi des deux côtés.

À retenir

Dans La Gauche contre les Lumières ? (2020), Stéphanie Roza accuse une partie de la gauche (postmoderne, différentialiste/décoloniale, anti-progrès) d’avoir abandonné l’héritage des Lumières — raison, universalisme, progrès — et de converger ainsi avec les anti-Lumières réactionnaires (Sternhell). Thèse féconde mais contestée : on lui oppose l’amalgame de courants distincts et l’angle mort colonial des Lumières. Au fond, une bataille sur l’universalisme (abstrait ou situé ?) et sur classe vs race.

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