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Maria Cristina Marchetti — Réseaux, Espace et Gouvernance de l'UE

Troisième chapitre. Marchetti (Sciences politiques, Sapienza) applique le cadre d'Iannone au politique : comment la network society redéfinit-elle l'ESPACE du pouvoir, et l'Union européenne comme…

Troisième chapitre. Marchetti (Sciences politiques, Sapienza) applique le cadre d’Iannone au politique : comment la network society redéfinit-elle l’ESPACE du pouvoir, et l’Union européenne comme banc d’essai.


1. Le point de départ : Castells et la redéfinition de l’espace

Vingt ans après The Rise of the Network Society de Castells (1996), Marchetti fait le bilan : sa contribution majeure a été de permettre de comprendre la structure des relations sociales, politiques et économiques à l’âge de l’information.

🔑 Conséquence centrale : la montée du réseau implique une REDÉFINITION de l’espace. On passe d’une notion STATIQUE de l’espace à une notion DYNAMIQUE, dont le « réseau » est l’essence.


2. La distinction fondatrice : espace, lieu, place

⭐⭐ Marchetti pose une distinction conceptuelle qu’elle emprunte à de Certeau, Augé, Giddens et Meyrowitz — et c’est le socle de tout le chapitre.

  • ESPACE PHYSIQUE : géométrique, matériel (une pièce, une ville, un État).
  • ESPACE SOCIAL : abstrait, immatériel, l’espace de l’interaction.
  • LIEU (place) : 🔑 leur intersection. Pour de Certeau, l’espace est un « lieu pratiqué » — c’est le piéton qui transforme la rue (lieu géométrique) en espace vécu.

👉 ⚠️ Thèse de Giddens qu’elle reprend : la modernité « arrache l’espace au lieu » en tissant des relations entre absents, géographiquement distants. Le lieu devient « fantasmagorique » : traversé par des influences lointaines.

Deux renversements contemporains (Augé, Meyrowitz) :

  1. Un espace physique PARTAGÉ n’entraîne PAS forcément un espace social (les « non-lieux » d’Augé : aéroports, gares).
  2. Un espace physique NON partagé n’entraîne PAS forcément l’absence d’espace social (le « no sense of place » de Meyrowitz : les médias créent du lien à distance).

🔑 La network society défait donc l’ancienne équation « être ensemble = être au même endroit ».


3. Le cœur politique : de government à governance

⭐⭐ La thèse politique majeure. La modernité concevait l’espace politique comme « centré sur l’État » (système westphalien : l’État EST l’espace politique).

🔑 La network society fait émerger de NOUVEAUX acteurs politiques, non institutionnels, qui créent des RÉSEAUX pour agir. On passe :

GOVERNMENT GOVERNANCE
Pouvoir institutionnel, vertical Pouvoir élargi, horizontal
L’État décide Réseaux d’acteurs (ONG, lobbies, société civile) co-décident
Un seul niveau 🔑 Multi-niveaux (multi-level governance)

👉 ⚠️ Le pouvoir n’est plus la capacité de COMMANDER depuis un centre, mais la capacité de se CONNECTER et de peser dans des réseaux de décision. (Cohérent avec Iannone : le pouvoir = inclusion/exclusion du réseau.)


4. L’Union européenne comme banc d’essai

L’UE est pour Marchetti le laboratoire idéal de cette gouvernance en réseau — car elle n’a pas d’État central classique.

🔑 Fait institutionnel précis : depuis le Livre blanc sur la gouvernance européenne (2001), l’implication des « parties prenantes » (stakeholders) dans la décision européenne est officialisée — puis inscrite dans le traité de Lisbonne (art. 11). 👉 Résultat : la prolifération de RÉSEAUX trans-européens, très actifs au niveau de la société civile et des groupes de pression.

⚠️ Marchetti mobilise la notion de multi-level governance (Marks, Hooghe, Blank) contre la vision « État-centrée » : la décision européenne se répartit entre niveaux (supranational, national, régional) et acteurs (institutions, lobbies, ONG) variables selon les dossiers.


5. Les réseaux de la société civile européenne — et leur ambiguïté

Dernière partie : les réseaux de société civile européenne (elle cite Act4Europe, Concord, Green10).

🔑 Double fonction, qu’elle tient ensemble sans naïveté :

  • 👉 Ils NOURRISSENT la démocratie européenne (participation, contribution à l’intégration, légitimation par le bas).
  • ⚠️ MAIS Marchetti connaît la critique (Hindman, Lovink) : le réseau numérique promettait l’horizontalité, il produit aussi de nouvelles CONCENTRATIONS (la « googlearchy » : quelques sites très liés dominent ; le « mythe de la démocratie numérique »). 🔑 La gouvernance en réseau peut renforcer les acteurs déjà organisés (gros lobbies) autant que la société civile.

Sa position finale est équilibrée : les réseaux transeuropéens contribuent réellement à l’intégration et à la légitimité de l’UE, mais la question de leur représentativité (qui parle au nom de la « société civile » ?) reste ouverte.


6. Ce que Marchetti apporte au livre

👉 Elle fait la jonction entre le cadre sociologique (Iannone) et le terrain politique : la network society n’est pas qu’une métaphore, c’est une transformation concrète de l’ESPACE DU POUVOIR — de l’État-nation territorial vers une gouvernance multi-niveaux, dé-territorialisée, dont l’UE est la forme la plus aboutie.


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