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Roberta Iannone — Qu'est-ce que la Network Society

Chapitre d'ouverture de Network Society. How Social Relations Rebuild Space(s) (Vernon Press, 2016). Iannone enseigne à la Faculté de Sciences politiques de l'université Sapienza de Rome.

Chapitre d’ouverture de Network Society. How Social Relations Rebuild Space(s) (Vernon Press, 2016). Iannone enseigne à la Faculté de Sciences politiques de l’université Sapienza de Rome. C’est elle qui pose le cadre théorique que tous les autres chapitres appliquent.


1. La thèse centrale : le réseau comme « esprit de l’époque »

Iannone part d’une formule de Barney : « le réseau est l’esprit de la société contemporaine ». 👉 Le réseau n’est pas un objet parmi d’autres : c’est le principe qui organise désormais la vie individuelle, sociale, économique et politique.

🔑 Mais — nuance décisive qu’elle emprunte à Barney — la network society n’est PAS le « successeur » du post-industrialisme, de la société de l’information, du post-fordisme, du postmodernisme ou de la mondialisation. ⚠️ C’est une étoile parmi d’autres dans une même constellation de tentatives pour nommer le monde de la fin du XXᵉ siècle. Le réseau les traverse tous sans les remplacer.

Sa définition « essentielle » : la network society est une société de relations sociales à haut potentiel, à l’échelle globale, portée par les nouvelles technologies de communication (la révolution numérique) et produit d’une nouvelle économie.


2. La distinction qui structure tout : nodes/flows contre individus/fonctions

🔑 Iannone reprend Castells : « les réseaux constituent la nouvelle morphologie sociale de nos sociétés ». La société ne se lit plus comme une PYRAMIDE (hiérarchie verticale) mais comme un RÉSEAU (organisation horizontale).

Deux couples conceptuels à retenir :

  • Les NŒUDS (nodes) remplacent les individus-sujets comme unité d’analyse. 👉 Ce qui compte n’est plus « qui » mais « qui est connecté à qui » : la position dans le réseau prime sur l’attribut personnel.
  • Les FLUX (flows) remplacent les fonctions. ⚠️ Castells parle d’un « espace des flux » (space of flows) : l’organisation matérielle du social non plus par le lieu, mais par la circulation (d’informations, de capitaux, de gens).

Formule-clé d’Iannone, reprise par les autres auteurs : la network society relie et crée des ponts « par une intelligence plus collective que connective », à travers l’« espace des flux » et l’« espace de l’entre-deux » (space in-betweenness).


3. Réseaux et « cercles » : la dette envers les classiques

Iannone montre que l’idée de réseau n’est pas née d’internet — elle est déjà chez les fondateurs de la sociologie.

🔑 Simmel est la référence majeure : « la société n’est que le nom d’un cercle d’individus liés les uns aux autres par diverses formes de réciprocité ». 👉 Simmel pensait déjà la société comme un tissu de relations (« sociation ») plutôt que comme une substance. La network society ne fait que radicaliser cette intuition.

⚠️ Point philosophique important qu’elle relie au postmodernisme : dans cette perspective anti-essentialiste, l’identité, la vérité et la réalité elle-même sont « construites à travers le discours » — donc à travers les relations, les réseaux, les pratiques de langage. (C’est cette thèse que Mariottini appliquera au terrain linguistique.)


4. Le cœur analytique : le capital social en trois dimensions

⭐⭐ La contribution la plus technique d’Iannone : elle lit le réseau à travers le concept de capital social, décomposé en TROIS dimensions (cadre issu de Nahapiet & Ghoshal, et de la littérature Putnam/Coleman/Burt).

Dimension Ce qu’elle capte
🏗️ STRUCTURELLE L’architecture des liens : qui est connecté à qui, la densité, les « trous structuraux » (Burt), la centralité.
🧠 COGNITIVE Les codes, langages et représentations PARTAGÉS qui rendent la coopération possible.
🤝 RELATIONNELLE La confiance, la réciprocité, les obligations — la « qualité » morale des liens.

🔑 Sa thèse : ces dimensions sont INTERDÉPENDANTES. Un réseau n’est efficace que lorsque la structure (les liens), la cognition (le langage commun) et la relation (la confiance) se renforcent mutuellement. 👉 Un réseau densément connecté mais sans confiance ne produit rien ; une confiance forte sans structure de liens reste stérile.

C’est ce qui distingue sa lecture d’une simple « analyse de réseaux » (graphes) : elle réintègre l’axiologique — la confiance, la réciprocité, la collaboration — au cœur du concept. (C’est le point que souligne aussi de Nardis dans la préface : le réseau « dérive du fonctionnalisme mais le dépasse en y ajoutant un élément axiologique fort ».)


5. La gouvernance du réseau : l’auto-organisation horizontale

Dernière section, et thèse politique forte : la « gouvernance du réseau ».

🔑 Les sociétés contemporaines ne se régulent plus selon le schéma traditionnel État ↔ société civile ni selon un modèle mono-régulateur descendant (top-down). Elles s’organisent horizontalement, en réseau. 👉 ⚠️ Conséquence : l’auto-organisation horizontale SUPPLÉE les pouvoirs publics là où ils sont faibles ou absents dans leurs fonctions de distribution, régulation et contrôle.

De Nardis, dans la préface, nomme cela une conception « néo-corporative » et « néo-pluraliste » du social : la vieille pyramide sociale s’aplatit en une société « réticulaire-horizontale ». (C’est exactement ce que Marchetti développera avec la gouvernance de l’UE.)


6. Les tensions qu’elle pointe (et qui ouvrent le livre)

⚠️ Iannone ne fait pas l’apologie naïve du réseau. Elle liste les problèmes que les autres chapitres exploreront :

  • 👉 L’ACCÈS au réseau et le CONTRÔLE des flux (qui entre, qui est exclu — le digital divide, sujet d’un de ses livres).
  • ⚠️ Le conflit entre le NET et le SELF (Castells) : le réseau global contre l’identité individuelle.
  • 🔑 Le POUVOIR redéfini comme INCLUSION / EXCLUSION du réseau (le pouvoir n’est plus de commander, mais de connecter ou de déconnecter).

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