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Laura Mariottini — Paysage Linguistique et Migrants

Quatrième chapitre. Mariottini est sociolinguiste (Sapienza). Son chapitre est le plus empirique du livre : une étude de terrain qui teste les concepts d'Iannone et Marchetti sur un cas — les…

Quatrième chapitre. Mariottini est sociolinguiste (Sapienza). Son chapitre est le plus empirique du livre : une étude de terrain qui teste les concepts d’Iannone et Marchetti sur un cas — les migrants latino-américains à Rome.


1. Le pont avec le reste du livre : re-spatialisation

Mariottini annonce d’emblée qu’elle applique la théorie du réseau social « décrite dans le premier chapitre » (Iannone).

🔑 Son concept-clé : la RE-SPATIALISATION. La network society dématérialise l’espace (dé-spatialisation) puis le reconstruit par des dynamiques relationnelles spécifiques. 👉 Elle reprend l’« espace des flux » de Castells et l’« espace de l’entre-deux » d’Iannone : les lieux ne se définissent plus par leur échelle ou leur taille, mais par leurs interconnexions. Ils deviennent des « hubs interactionnels ».

⚠️ Le fil conducteur, emprunté à Iannone : « l’identité et la réalité sont construites à travers le discours, donc à travers les relations et les réseaux, c’est-à-dire à travers les pratiques linguistiques ». 🔑 La langue n’est pas qu’un moyen de communication : c’est d’abord un outil de construction de l’identité individuelle et de groupe.


2. L’outil : le « paysage linguistique » (Linguistic Landscape)

⭐⭐ Le cadre méthodologique est le Linguistic Landscape (LL) — un champ récent de la sociolinguistique.

🔑 Définition : le LL est la collecte et l’analyse discursive des signes communicatifs visibles d’une ville — toponymie, enseignes de commerces, panneaux, affiches, écriteaux des bâtiments publics. 👉 Ce « macro-texte » urbain est un indicateur de la gestion de l’espace et de la diversité linguistique et culturelle : il révèle la présence, la vitalité et la visibilité des langues et cultures dans la construction symbolique de l’espace.

Concepts mobilisés :

  • « Metrolinguistics » (Pennycook) : les formes langagières (images, sons, objets, design) qui façonnent la ville.
  • Les pratiques « transidiomatiques » et le prefix trans- (transnationalisme, translanguaging) : la migration brouille les frontières nettes entre langues, identités et cultures.
  • ⚠️ « Attachement au lieu » (Hidalgo & Hernández) : se reconnaître dans les signes du paysage linguistique crée un nouvel attachement — ce qui compense l’« arrachement » (uprooting) provoqué par la migration.

3. Le terrain : les Latino-Américains à Rome

L’étude porte sur la communauté latino-américaine (surtout équatorienne et péruvienne) de Rome, et la façon dont elle reconstruit de l’espace public par la langue et le rassemblement.

🔑 Les lieux étudiés sont des espaces publics « re-spatialisés » par la communauté :

  • 👉 Le parc de Colle Oppio, transformé le dimanche en championnat de football latino (équipes Siempre Amigos, Latin Girls, Perú Unidas…), doublé d’un marché ethnique (nourriture, musique, boissons).
  • Les jardins des Thermes de Dioclétien, la Piazza della Repubblica, la Piazza Mancini — points de rendez-vous, notamment pour les employées de maison venant du nord de Rome.
  • Les églises (catholique et évangélique) : la messe en espagnol comme moment d’agrégation, avec cours d’italien et espaces de sociabilité.

Thèse : ces communautés transforment un espace physique romain (un parc, une place) en espace SOCIAL propre — exactement le mécanisme théorisé par Marchetti (espace physique ≠ espace social), ici observé en direct.


4. Le conflit : la re-spatialisation n’est pas pacifique

⭐⭐ Point le plus honnête du chapitre : Mariottini ne romantise pas.

⚠️ La reconquête de l’espace public par les migrants génère du CONFLIT :

  • Musique forte, alcool, vente non autorisée de nourriture → mécontentement des riverains « historiques ».
  • 🔑 Interventions de la police municipale (ex. l’opération « anti-dégradation » de novembre 2011 : saisies, dénonciations).
  • Négociations entre l’administration capitoline et les associations de migrants (le championnat a été « régularisé », mais sans vestiaires ni toilettes — les joueurs utilisent la fontaine du parc).

👉 Thèse : l’espace public est un enjeu de négociation permanente entre la communauté migrante (qui le re-spatialise) et l’institution (qui régule). La network society ne supprime pas le territoire — elle le rend disputé.


5. Ce que Mariottini apporte au livre

🔑 Elle FALSIFIE le risque d’abstraction du reste du volume. Là où Iannone et Marchetti théorisent l’« espace des flux » et la dé-territorialisation, Mariottini montre que les flux migratoires RE-territorialisent concrètement : une place romaine devient un morceau de Quito ou de Lima le dimanche.Le réseau global ne dissout pas le local — il y dépose de nouveaux locaux, faits de langue, de football, de messe et de nourriture, et négociés avec l’institution.

⚠️ Sa leçon sociolinguistique : le paysage linguistique d’une ville est une archive vivante de qui la peuple — lire les enseignes, c’est lire les rapports de force et d’appartenance.


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