Deuxième chapitre du volume. Ferreri enseigne au Département de Communication et Recherche sociale de la Sapienza. Son angle est anthropologique — là où Iannone est sociologue, elle demande : pourquoi et comment le réseau devient-il un objet légitime d’ethnographie ?
1. La question de fond : pourquoi voir la société comme un réseau ?
⭐ Ferreri pose une question épistémologique, pas descriptive : « pourquoi devrions-nous lire et proposer de voir la société comme un réseau ? »
🔑 Son point de départ est le même que celui d’Iannone — Simmel : « tout est en relation d’action réciproque avec tout, et entre chaque point du monde il y a un champ de relations réciproques ». 👉 Mais elle en tire une conséquence anthropologique : « internet », défini comme « réseau de réseaux », devient une métaphore parfaite du social contemporain — une société globale faite d’une infinité de réalités locales qui se globalisent.
⚠️ Le titre — « Hypothèse de SOLIDITÉ » — est un contrepied assumé à la « société liquide » de Bauman. 👉 Là où la sociologie dominante insiste sur la fluidité et l’effritement des liens, Ferreri cherche ce qui, dans le réseau, fait encore TENIR : la réciprocité, le besoin de rapport et d’échange comme « plus petit dénominateur commun » de toute réalité sociale.
2. Latour et l’ANT : ne pas découper les imbroglios
⭐⭐ Sa référence théorique majeure est Bruno Latour et la théorie de l’acteur-réseau (ANT).
🔑 Elle cite longuement Latour : le moindre virus vous fait passer « du sexe à l’inconscient, à l’Afrique, aux cultures de cellules, à l’ADN, à San Francisco »… mais les analystes, penseurs et journalistes découpent ce fin réseau en compartiments propres (la science ici, l’économie là, le social ailleurs).
👉 ⚠️ La thèse de Latour qu’elle fait sienne : le réel est fait d’imbroglios — de mélanges de nature et de culture, d’humain et de non-humain — et « ce sont ces imbroglios qui tissent notre monde ». La science moderne a tort de vouloir séparer le ciel et la terre, le global et le local. 🔑 Le réseau est justement l’outil pour penser SANS découper.
(C’est le versant « on n’a jamais été modernes » de Latour appliqué à l’analyse sociale.)
3. La méthode : le cinéma et la culture de masse comme matériau
⭐ Choix méthodologique revendiqué et original : Ferreri refuse de se limiter aux études de cas académiques. Elle analyse un film grand public, des articles de presse, des textes « pour tous ».
👉 Le film-pivot : Me and You and Everyone We Know (Miranda July, Caméra d’Or à Cannes 2005) — dont le titre même « évoque aussi simplement que possible le concept de network society ». 🔑 Elle s’en sert de métaphore pour cartographier plusieurs types de réseaux sociaux (parenté, voisinage, désir, institutions).
⚠️ Enjeu épistémologique : croiser savoir spécialisé et expérience partagée, pour une réflexion culturelle critique — refuser le confinement disciplinaire (cohérent avec Latour au §2).
4. Les réseaux hautement professionnels et le renversement « primitif/moderne »
⭐ Une section porte sur les « réseaux hautement professionnels » : le savoir et le savoir-faire (knowledge and know-how) qui circulent dans et hors des institutions.
🔑 Provocation de sa sous-partie « la prétendue modernité de certains mammifères primitifs » : elle renverse l’opposition primitif/moderne. 👉 Ce que nous croyons ultramoderne (l’organisation en réseau, la coopération distribuée) est en réalité un trait anthropologique ANCIEN — les sociétés « primitives » fonctionnaient déjà en réseaux de réciprocité et de dons. ⚠️ Le réseau numérique ne nous fait pas entrer dans le nouveau : il réactive une forme sociale archaïque.
⭐ Elle relie cela aux réseaux GLOBAUX : politiques de développement, coopération internationale, droits universels — où la logique réticulaire structure l’action transnationale.
5. La place virtuelle et la place réelle : l’action collective comme performance
⭐⭐ Sa contribution la plus actuelle : le rapport entre « la place virtuelle » et « la place réelle » (The Virtual Square and the Real Square).
🔑 Thèse : l’action collective contemporaine est une performance communicative qui circule en permanence entre le réseau numérique et l’espace physique. 👉 Les Printemps arabes, les mouvements Occupy : la « place » (Tahrir, Puerta del Sol) et le hashtag ne s’opposent pas — ils se coproduisent. Le virtuel n’est pas une évasion hors du réel, il en est une dimension.
⚠️ C’est sa réponse à ceux qui opposent « vrai » militantisme et « slacktivisme » : pour Ferreri, la performance communicative EST une forme réelle d’action collective, ancrée dans la réciprocité. (Elle a publié une lecture anthropologique du Printemps arabe dans l’International Review of Sociology.)
6. Ce que Ferreri apporte au livre
👉 Là où Iannone construit le CADRE et Marchetti l’applique au POLITIQUE, Ferreri fournit la PROFONDEUR ANTHROPOLOGIQUE : le réseau n’est pas une nouveauté technologique, c’est la forme la plus ancienne et la plus tenace du lien humain — la réciprocité — que le numérique rend seulement visible et globale. ⭐ D’où le titre : contre la « société liquide », une hypothèse de solidité.
🔗 Liens
- Le livre : Network Society — Le Concept de Réseau (Iannone et al.) · Roberta Iannone — Qu’est-ce que la Network Society · Maria Cristina Marchetti — Réseaux, Espace et Gouvernance de l’UE · Laura Mariottini — Paysage Linguistique et Migrants · Manuela Cipri — Transmedia et Campagne Cameron
- Concepts : Georg Simmel · Le Don · L’Anthropologie · Les Printemps Arabes · La Sociologie · L’Esprit Critique
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- Manuela Cipri — Transmedia et Campagne Cameron Sociologie
- Maria Cristina Marchetti — Réseaux, Espace et Gouvernance de l'UE Sociologie
- Laura Mariottini — Paysage Linguistique et Migrants Sociologie
- Roberta Iannone — Qu'est-ce que la Network Society Sociologie