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Emanuela Ferreri — Une Anthropologie du Réseau

Deuxième chapitre du volume. Ferreri enseigne au Département de Communication et Recherche sociale de la Sapienza.

Deuxième chapitre du volume. Ferreri enseigne au Département de Communication et Recherche sociale de la Sapienza. Son angle est anthropologique — là où Iannone est sociologue, elle demande : pourquoi et comment le réseau devient-il un objet légitime d’ethnographie ?


1. La question de fond : pourquoi voir la société comme un réseau ?

Ferreri pose une question épistémologique, pas descriptive : « pourquoi devrions-nous lire et proposer de voir la société comme un réseau ? »

🔑 Son point de départ est le même que celui d’Iannone — Simmel : « tout est en relation d’action réciproque avec tout, et entre chaque point du monde il y a un champ de relations réciproques ». 👉 Mais elle en tire une conséquence anthropologique : « internet », défini comme « réseau de réseaux », devient une métaphore parfaite du social contemporain — une société globale faite d’une infinité de réalités locales qui se globalisent.

⚠️ Le titre — « Hypothèse de SOLIDITÉ » — est un contrepied assumé à la « société liquide » de Bauman. 👉 Là où la sociologie dominante insiste sur la fluidité et l’effritement des liens, Ferreri cherche ce qui, dans le réseau, fait encore TENIR : la réciprocité, le besoin de rapport et d’échange comme « plus petit dénominateur commun » de toute réalité sociale.


2. Latour et l’ANT : ne pas découper les imbroglios

⭐⭐ Sa référence théorique majeure est Bruno Latour et la théorie de l’acteur-réseau (ANT).

🔑 Elle cite longuement Latour : le moindre virus vous fait passer « du sexe à l’inconscient, à l’Afrique, aux cultures de cellules, à l’ADN, à San Francisco »… mais les analystes, penseurs et journalistes découpent ce fin réseau en compartiments propres (la science ici, l’économie là, le social ailleurs).

👉 ⚠️ La thèse de Latour qu’elle fait sienne : le réel est fait d’imbroglios — de mélanges de nature et de culture, d’humain et de non-humain — et « ce sont ces imbroglios qui tissent notre monde ». La science moderne a tort de vouloir séparer le ciel et la terre, le global et le local. 🔑 Le réseau est justement l’outil pour penser SANS découper.

(C’est le versant « on n’a jamais été modernes » de Latour appliqué à l’analyse sociale.)


3. La méthode : le cinéma et la culture de masse comme matériau

Choix méthodologique revendiqué et original : Ferreri refuse de se limiter aux études de cas académiques. Elle analyse un film grand public, des articles de presse, des textes « pour tous ».

👉 Le film-pivot : Me and You and Everyone We Know (Miranda July, Caméra d’Or à Cannes 2005) — dont le titre même « évoque aussi simplement que possible le concept de network society ». 🔑 Elle s’en sert de métaphore pour cartographier plusieurs types de réseaux sociaux (parenté, voisinage, désir, institutions).

⚠️ Enjeu épistémologique : croiser savoir spécialisé et expérience partagée, pour une réflexion culturelle critique — refuser le confinement disciplinaire (cohérent avec Latour au §2).


4. Les réseaux hautement professionnels et le renversement « primitif/moderne »

Une section porte sur les « réseaux hautement professionnels » : le savoir et le savoir-faire (knowledge and know-how) qui circulent dans et hors des institutions.

🔑 Provocation de sa sous-partie « la prétendue modernité de certains mammifères primitifs » : elle renverse l’opposition primitif/moderne. 👉 Ce que nous croyons ultramoderne (l’organisation en réseau, la coopération distribuée) est en réalité un trait anthropologique ANCIEN — les sociétés « primitives » fonctionnaient déjà en réseaux de réciprocité et de dons. ⚠️ Le réseau numérique ne nous fait pas entrer dans le nouveau : il réactive une forme sociale archaïque.

Elle relie cela aux réseaux GLOBAUX : politiques de développement, coopération internationale, droits universels — où la logique réticulaire structure l’action transnationale.


5. La place virtuelle et la place réelle : l’action collective comme performance

⭐⭐ Sa contribution la plus actuelle : le rapport entre « la place virtuelle » et « la place réelle » (The Virtual Square and the Real Square).

🔑 Thèse : l’action collective contemporaine est une performance communicative qui circule en permanence entre le réseau numérique et l’espace physique. 👉 Les Printemps arabes, les mouvements Occupy : la « place » (Tahrir, Puerta del Sol) et le hashtag ne s’opposent pas — ils se coproduisent. Le virtuel n’est pas une évasion hors du réel, il en est une dimension.

⚠️ C’est sa réponse à ceux qui opposent « vrai » militantisme et « slacktivisme » : pour Ferreri, la performance communicative EST une forme réelle d’action collective, ancrée dans la réciprocité. (Elle a publié une lecture anthropologique du Printemps arabe dans l’International Review of Sociology.)


6. Ce que Ferreri apporte au livre

👉 Là où Iannone construit le CADRE et Marchetti l’applique au POLITIQUE, Ferreri fournit la PROFONDEUR ANTHROPOLOGIQUE : le réseau n’est pas une nouveauté technologique, c’est la forme la plus ancienne et la plus tenace du lien humain — la réciprocité — que le numérique rend seulement visible et globale.D’où le titre : contre la « société liquide », une hypothèse de solidité.


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