Dernier chapitre. Cipri (Sciences politiques, Sapienza) est linguiste de la communication politique. Elle applique la network society à un cas précis : la communication numérique de David Cameron (Premier ministre britannique) durant la campagne 2014-2015.
1. La thèse : la communication change, donc la participation change
⭐ Point de départ de Cipri : les codes et langages de la communication politique sont des produits culturels. Quand ils changent, ils reflètent — et provoquent — des transformations sociales.
🔑 Sa thèse en chaîne : l’évolution de la communication → une évolution des méthodes de participation → une transformation des schémas d’interprétation de la réalité et des relations aux autres. 👉 Étudier comment un politique communique sur les réseaux, ce n’est pas de l’anecdote : c’est observer une mutation du lien politique lui-même.
⭐ Son objet précis : les stratégies persuasives des politiques via les nouvelles technologies — analysées linguistiquement (syntaxe, sémantique, pragmatique, paratexte).
2. Le corpus : Cameron sur Twitter et Facebook
⭐ Cipri constitue un corpus réel : les comptes Twitter (@David_Cameron, @number10gov, @number10press) et pages Facebook (David Cameron, UK Government, 10 Downing Street) sur la période 2014-2015.
🔑 Le concept-clé du titre : le TRANSMEDIA — un même message politique décliné et redistribué à travers plusieurs plateformes (Twitter, Facebook, vidéos), chacune renforçant l’autre. 👉 La campagne n’est plus « un discours » mais un écosystème de contenus circulant en réseau.
3. L’analyse du discours : le « post-bureaucratique » et la dichotomie ancien/nouveau
⭐⭐ Cipri décortique la rhétorique de Cameron. Exemple central, son slogan de 2010 :
« Local power, central power, now, people power » (pouvoir local → pouvoir central → pouvoir du peuple).
🔑 Cameron construit une « histoire en trois âges » : pré-bureaucratique, bureaucratique, et « post-bureaucratique » (l’âge du « people power »). 👉 Cipri montre que c’est une stratégie discursive : se poser en incarnation du nouveau contre l’ancien, en « pouvoir du peuple » contre la bureaucratie. ⚠️ La network society lui fournit le vocabulaire même de sa légitimation : horizontalité, participation, « ensemble on peut tout ».
⭐ Elle relie cela à Fairclough (analyse critique du discours) et à la performance corporelle : posture, regard-caméra, gestes d’« inclusion populaire ». Le message est autant non-verbal que verbal.
4. Les résultats empiriques : l’image l’emporte, le dialogue est simulé
⭐⭐ Cipri livre des constats mesurés — c’est la force du chapitre.
📊 L’IMAGE gagne : un tweet contenant une photo est retweeté 62 % de plus que la moyenne. 👉 Les photos sollicitent l’empathie et « rapprochent » le politique : Cameron se montre en tenue de travail, à l’écoute, « homme du peuple qui travaille » (le thème conservateur des working people).
🔑 La langue politique numérique se transforme : lexique simplifié, syntaxe allégée, usage de la deixis (« vous », « ensemble ») pour SIMULER un dialogue individuel. ⚠️ On passe d’un modèle de participation collectif à un modèle individuel : chaque citoyen est adressé comme s’il était seul.
⭐⭐ Le résultat critique le plus important — deux modèles de communication :
- Le modèle BROADCAST (diffusion descendante, un-vers-tous).
- Le modèle CONVERSATION (dialogue, tous-vers-tous).
👉 ⚠️ Verdict de Cipri : sur toute la période observée, aucun modèle conversationnel réellement orienté vers le dialogue n’a été détecté. La communication reste MONO-DIRECTIONNELLE. « Le dialogue avec les citoyens n’est jamais que représenté ».
🔑 Autrement dit : les réseaux sociaux MIMENT la conversation horizontale promise par la network society, mais reproduisent en réalité une diffusion verticale déguisée. La promesse participative est une mise en scène.
5. Ce que Cipri apporte au livre — et le contrepoint critique
⭐ Cipri clôt le volume par un DÉMENTI partiel de son optimisme. Iannone, Ferreri et Marchetti insistent sur l’horizontalité, la réciprocité, la participation en réseau. 👉 ⚠️ Cipri montre, données à l’appui, que dans la pratique politique réelle, le réseau sert surtout à simuler la proximité et le dialogue — tout en gardant une logique descendante de promotion et de recherche de consensus.
🔑 Sa leçon : la network society offre les OUTILS de l’horizontalité, mais ne garantit pas l’horizontalité. Le pouvoir peut parfaitement utiliser le langage participatif du réseau pour mieux faire du broadcast. (C’est le pont vers ta fiche communication et vers La Rhétorique.)
🔗 Liens
- Le livre : Network Society — Le Concept de Réseau (Iannone et al.) · Roberta Iannone — Qu’est-ce que la Network Society · Emanuela Ferreri — Une Anthropologie du Réseau · Maria Cristina Marchetti — Réseaux, Espace et Gouvernance de l’UE · Laura Mariottini — Paysage Linguistique et Migrants
- Concepts : La Rhétorique · Manuel Castells · La Propagande · La Démocratie · La Linguistique et la Traduction · La Sociologie · L’Esprit Critique
Fiches qui citent celle-ci (7)
- Network Society — Le Concept de Réseau (Iannone et al.) Sociologie
- Maria Cristina Marchetti — Réseaux, Espace et Gouvernance de l'UE Sociologie
- Laura Mariottini — Paysage Linguistique et Migrants Sociologie
- Emanuela Ferreri — Une Anthropologie du Réseau Sociologie
- Roberta Iannone — Qu'est-ce que la Network Society Sociologie
- Habermas Philosophie
- La Guerre du Golfe Géopolitique