Art & Culture → Cinéma → Spielberg
Enjeu global
Rencontres du troisième type est le film où Spielberg invente sa grammaire de l’émerveillement : la rencontre avec l’inconnu non comme invasion (la SF de la peur), mais comme épiphanie — une expérience quasi religieuse de communion. C’est le contre-modèle absolu du film d’extraterrestres hostiles. L’enjeu : faire du Sublime technologique une expérience spirituelle laïque.
Caractéristiques objectives (fiche technique)
- Réalisation et scénario : Steven Spielberg (1977). Musique : John Williams (les cinq notes du dialogue avec le vaisseau). Effets visuels : Douglas Trumbull.
- Interprètes : Richard Dreyfuss (Roy Neary), François Truffaut (le savant Lacombe — clin d’œil au cinéaste).
- Récit : un Américain ordinaire, obsédé après avoir vu un OVNI, abandonne tout pour rejoindre le lieu de contact (Devils Tower), où l’humanité accueille les visiteurs.
- Subjectif : émerveillement, quête mystique, mais aussi l’inquiétante obsession qui détruit une famille.
🎥 Démontage technique
1. L’esthétique de l’épiphanie
- L’atterrissage au Devils Tower : débauche de lumière venue d’en haut, humains minuscules levant les yeux, bouche entrouverte (le “Spielberg face”), silence puis musique. Le dialogue se fait par les cinq notes, pas par les armes. Communion, non confrontation.
- Portée : iconographie quasi religieuse du sublime (lumière, hauteur, transfiguration). Voir Sublime, Émerveillement, Couleur au cinéma.
⚖️ Thèses et débats
1. Le sublime contre l’invasion
- Thèse : Spielberg renverse la SF des années 50 (l’alien = la menace communiste). Ici l’inconnu est accueillant, le sublime remplace la terreur. La rencontre élève l’humain au lieu de le détruire.
- Contradicteur : chez Kubrick (2001, 1968), le sublime cosmique reste froid, énigmatique, refusant tout réconfort émotionnel. Spielberg “humanise” (ou sentimentalise) le mystère que Kubrick laissait ouvert.
2. L’obsession qui détruit la famille
- Thèse : Roy Neary abandonne femme et enfants pour suivre sa vision — geste rarement souligné. L’émerveillement a un coût : il déchire la cellule familiale au lieu de la réparer.
- Contradicteur : c’est l’exception qui confirme le Familialisme spielbergien — ailleurs, l’extraordinaire répare la famille (E.T.) ; ici il la sacrifie à une transcendance. Ambiguïté que Biskind relève (le héros qui choisit l’émerveillement contre l’adulte responsable).
📚 Lectures critiques
- Morris (Empire of Light, 2007) : le film-thèse de son livre — Spielberg filme la lumière comme métaphore du cinéma ; le vaisseau-mère est un projecteur, l’écran qui s’illumine, la salle obscure devenue lieu de révélation.
- Biskind : le “complexe de Peter Pan” — préférer la fascination enfantine au monde adulte.
- Girgus : déjà l’éthique de la rencontre avec l’autre radical, accueilli et non combattu.
🔗 Notes Connexes
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