Thèse : Un paradigme est le cadre de pensée partagé par une communauté scientifique à une époque donnée — il détermine quelles questions sont légitimes, quelles méthodes sont valides, et comment interpréter les résultats.
Argument : Les scientifiques ne travaillent pas dans un vide neutre : ils héritent d’un paradigme qui structure leur perception. Ce cadre est si profond qu’ils ne le voient pas comme une hypothèse — c’est leur “réalité”.
Exemple précis : Le paradigme géocentrique de Ptolémée (IIe siècle ap. J.-C.) a dominé l’astronomie pendant 1400 ans. Lorsque des anomalies s’accumulaient (trajectoires imprécises), les astronomes ajoutaient des “épicycles” pour sauver le modèle — sans jamais remettre en cause le paradigme lui-même. Ce n’est qu’avec Copernic (1543) que la révolution se prépare.
Origine
Concept central de Thomas Kuhn dans La Structure des révolutions scientifiques (1962).
Cycle d’un paradigme (Kuhn)
- Science normale : travail de routine dans le paradigme, résolution de “puzzles”
- Anomalies : résultats inexplicables s’accumulent
- Crise : le paradigme est remis en question
- Révolution : un nouveau paradigme remplace l’ancien
- Nouveau paradigme → retour à la science normale
Incommensurabilité
Deux paradigmes successifs sont incommensurables : ils ne partagent pas le même vocabulaire, les mêmes valeurs, ni les mêmes critères de succès. On ne peut pas les comparer “objectivement” depuis un point de vue neutre.
Critiques
- Popper : la notion de paradigme rend la science irrationnelle (on ne réfute plus rien)
- Lakatos : le paradigme correspond à son “noyau dur” — mais Lakatos ajoute des critères de rationalité pour décider quand l’abandonner
🔗 Liens
Fiches qui citent celle-ci (8)
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