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Popper

Voir aussi la fiche philosophe : Popper — Falsifiabilité et Épistémologie — Karl Popper est l'un des philosophes des sciences les plus influents du XXe siècle.

Voir aussi la fiche philosophe : Popper — Falsifiabilité et Épistémologie

Karl Popper est l’un des philosophes des sciences les plus influents du XXe siècle. Sa pensée a redéfini ce qui sépare la science de la pseudo-science. Cependant, ses thèses ont suscité de vives critiques de la part de ses contemporains et successeurs, qui ont montré que sa vision de la science était souvent trop idéale par rapport à la réalité des laboratoires.

I. Les trois thèses principales de Karl Popper

1. Le critère de démarcation : La falsificabilité (ou réfutabilité)

Pour Popper, le problème central est de savoir ce qui distingue une théorie scientifique d’une théorie non scientifique (comme l’astrologie, le marxisme ou la psychanalyse).

  • La thèse : Une théorie n’est scientifique que si elle est falsifiable, c’est-à-dire s’il est possible d’imaginer une expérience qui, si elle réussit, prouverait que la théorie est fausse.

  • Exemple : La phrase « Il pleuvra ou il ne pleuvra pas demain » est vraie, mais elle n’est pas scientifique car aucune météo ne peut la contredire. En revanche, la théorie de la relativité d’Einstein est scientifique car elle prédisait des déviations de la lumière que l’on pouvait observer et potentiellement infirmer.

2. Le rejet de l’induction et l’asymétrie logique

Traditionnellement, on pensait que la science progressait par induction : en observant 1 000 cygnes blancs, on en déduisait que « tous les cygnes sont blancs ».

  • La thèse : Popper montre que l’induction est logiquement impossible. Peu importe le nombre de cygnes blancs observés, cela ne prouve pas qu’un cygne noir n’existe pas.

  • Il y a une asymétrie : des millions d’observations ne peuvent pas prouver une théorie, mais une seule observation contraire (un cygne noir) suffit à la réfuter.

3. La vérité comme horizon inaccessible (La corroboration)

  • La thèse : En science, on ne peut jamais atteindre la « certitude absolue ». Une théorie qui a résisté à de nombreuses tentatives de réfutation n’est pas « vraie », elle est simplement corroborée (provisoirement acceptée jusqu’à preuve du contraire). La science progresse par « conjectures et réfutations », par essais et erreurs.

II. Les objections des philosophes contemporains des sciences

Les successeurs et contemporains de Popper ont attaqué sa vision, la jugeant trop rigide et déconnectée de l’histoire réelle des sciences.

1. Thomas Kuhn : Les paradigmes et la “Science Normale”

Dans La Structure des révolutions scientifiques (1962), Kuhn s’oppose frontalement à Popper.

  • L’objection : Dans la réalité, les scientifiques ne cherchent pas du tout à réfuter leurs théories. Ils travaillent à l’intérieur d’un paradigme (un cadre de pensée partagé). Lorsqu’une expérience rate ou contredit la théorie, les scientifiques ne rejettent pas la théorie (comme le voudrait Popper) : ils blâment l’expérience, le matériel, ou considèrent cela comme une simple « anomalie ».

  • Ce n’est que lorsque les anomalies s’accumulent massivement qu’il y a une crise, puis une révolution scientifique (changement de paradigme). La science progresse par bonds psychologiques et sociaux, pas par une logique pure de réfutation.

2. Imre Lakatos : Les programmes de recherche et le “noyau dur”

Lakatos, bien qu’élève de Popper, a nuancé la thèse de son maître qu’il jugeait trop naïve.

  • L’objection : Une théorie scientifique n’est jamais isolée ; elle fait partie d’un programme de recherche doté d’un noyau dur d’hypothèses fondamentales. Autour de ce noyau se trouve une « ceinture protectrice » d’hypothèses secondaires.

  • Si une expérience contredit le système, le scientifique va modifier ou sacrifier une hypothèse secondaire de la ceinture pour sauver le noyau dur. On ne jette pas une grande théorie à la poubelle à la première contradiction.

3. Paul Feyerabend : L’anarchisme épistémologique (“Anything goes”)

Feyerabend est le critique le plus radical de Popper.

  • L’objection : Il n’existe aucune règle de méthode universelle (comme la falsificabilité) qui ait été respectée par les scientifiques à travers l’histoire. Si Galilée ou Copernic avaient appliqué le critère de Popper, ils auraient abandonné leurs théories dès le début, car les outils de l’époque fournissaient d’innombrables faits qui semblaient les contredire.

  • Pour Feyerabend, la seule règle qui ne bloque pas le progrès scientifique est : « Tout est bon » (Anything goes). La science avance par opportunisme, créativité et parfois en violant ses propres règles logiques.

4. La thèse de Duhem-Quine : Le holisme de la confirmation

  • L’objection : Une expérience scientifique ne teste jamais une hypothèse isolée, mais tout un ensemble théorique (la théorie, le fonctionnement des machines de mesure, les théories optiques des télescopes utilisés, etc.).

  • Par conséquent, lorsqu’une expérience donne un résultat négatif, la logique pure est incapable de nous dire quelle partie du système est fausse. La réfutation stricte et nette voulue par Popper est une illusion de laboratoire.

Tableau de synthèse : Deux visions de la science

Popper (Idéal logique) Ses critiques (Réalité historique et sociale)
Le scientifique cherche à <span class=“lien-absent”>réfuter</span> ses théories. Le scientifique cherche à protéger ses théories des anomalies (<span class=“lien-absent”>Kuhn</span>/<span class=“lien-absent”>Lakatos</span>).
La science progresse de manière linéaire (essais/erreurs). La science progresse par ruptures et révolutions (<span class=“lien-absent”>Kuhn</span>).
La méthode scientifique est stricte et universelle. Il n’y a pas de méthode unique, l’ingéniosité prime (<span class=“lien-absent”>Feyerabend</span>).

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