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François Mauriac

Littérature → Le romancier du péché — et le grand vaincu de Sartre — François Mauriac (1885-1970), né à Bordeaux dans la bourgeoisie catholique landaise.

Littérature → Le romancier du péché — et le grand vaincu de Sartre


L’essentiel

François Mauriac (1885-1970), né à Bordeaux dans la bourgeoisie catholique landaise. Académie française (1933), prix Nobel de littérature (1952). Grand romancier catholique, et l’un des plus redoutables journalistes politiques du siècle (le Bloc-notes).

Son territoire : les Landes, la province étouffante, la famille comme enfer, l’argent, la propriété, le désir — et, courant sous tout cela, la grâce.

Sa formule : « Le romancier est le singe de Dieu. »

Les romans

  • Le Baiser au lépreux (1922), Genitrix (1923) — la province, la mère dévorante.
  • Thérèse Desqueyroux (1927) — son chef-d’œuvre. Une femme empoisonne lentement son mari, presque sans savoir pourquoi. Elle est jugée, acquittée par un non-lieu familial (pour sauver l’honneur), puis séquestrée dans la maison, à Argelouse. Le roman ne l’explique pas : il l’accompagne. Une des grandes figures de la révolte muette des femmes dans la littérature française.
  • Le Nœud de vipères (1932) — un vieil avare, haineux, écrit à sa famille qui attend sa mort pour l’héritage. Et au fil des pages, la haine se craquelle : la grâce entre par la fissure. Le roman le plus dur et le plus beau.

Sa technique : des romans courts, tendus, écrits dans une langue classique et sobre — mais qui portent une matière noire (l’adultère, l’avarice, le crime, l’inceste latent). C’est un janséniste qui écrit des thrillers de campagne.

La grande querelle : Sartre contre Mauriac (1939)

Le texte le plus célèbre jamais écrit contre un romancier français, et il faut le connaître : « M. François Mauriac et la liberté » (Sartre, à propos de La Fin de la nuit).

L’accusation : Mauriac est un narrateur omniscient qui entre dans la tête de ses personnages, les juge, décide de leur essence, annonce leur destin — bref, il les traite comme des objets. Or un personnage de roman, comme un homme, doit être libre : on ne peut le connaître que du dehors, dans ses actes. En se plaçant en Dieu, Mauriac tue la liberté de ses créatures.

La conclusion, dévastatrice : « Dieu n’est pas un artiste ; M. Mauriac non plus. »

👉 Enjeu véritable, et beaucoup plus grand qu’une polémique : c’est un débat sur la focalisation (voir Les Genres Littéraires) — et derrière, un débat métaphysique. Sartre l’existentialiste (« l’existence précède l’essence », voir La Phénoménologie) ne peut pas accepter un romancier qui distribue des essences. La technique romanesque est une position sur la liberté humaine. L’article a durablement abîmé la réputation de Mauriac — et il est brillant. Mais il est aussi injuste : chez Mauriac, l’omniscience est précisément le point de vue de la grâce, non celui du jugement.

L’homme politique (la seconde vie)

On l’oublie, et c’est le plus courageux :

  • Résistant : il publie clandestinement Le Cahier noir (1943) aux Éditions de Minuit, sous le pseudonyme de Forez.
  • Anticolonialiste : il dénonce très tôt la torture en Algérie et soutient l’indépendance du Maroc et de la Tunisie — contre son propre camp, la droite catholique. Il y perd des amitiés et une partie de son lectorat.
  • Gaulliste passionné : il soutient Charles de Gaulle avec une ferveur quasi mystique — ce qui lui vaudra le reproche d’un aveuglement tardif.
  • Son Bloc-notes (dans L’Express puis Le Figaro littéraire) est un modèle de chronique politique : brève, mordante, littéraire, féroce.

Dimension symbolique

  • Le catholicisme sans confort. Mauriac n’écrit pas des romans édifiants. Ses personnages sont médiocres, avares, cruels — et la grâce y tombe sans qu’ils la méritent, souvent sans qu’ils la comprennent. C’est un catholicisme du scandale : Dieu ne récompense pas les bons, il surgit chez les pires. (D’où l’hostilité durable d’une partie du clergé.)
  • La province comme tragédie. Chez lui, le paysage (la lande, les pins, la chaleur, le silence) n’est jamais un décor : c’est un acteur — une force qui écrase, isole et étouffe. Il fait des Landes ce que Faulkner fait du Sud. Voir Le Lieu en Littérature.
  • Le prix de la lucidité politique : il a eu raison contre les siens (la torture, la décolonisation) — ce qui est toujours le plus coûteux, et le plus rare.

À retenir

François Mauriac (1885-1970), Nobel 1952, romancier catholique des Landes : la province étouffante, la famille comme enfer, l’argent, le péché — et la grâce qui tombe sans être méritée. Thérèse Desqueyroux (1927) : une femme empoisonne son mari presque sans savoir pourquoi, et le roman ne l’explique pas. Le Nœud de vipères (1932) : un vieil avare haineux dont la haine se craquelle. La querelle décisive : Sartre l’accuse en 1939 d’être un narrateur omniscient qui, en entrant dans la tête de ses personnages et en fixant leur essence, détruit leur liberté« Dieu n’est pas un artiste ; M. Mauriac non plus ». L’enjeu n’est pas technique mais métaphysique : la focalisation est une position sur la liberté humaine. Sa seconde vie : résistant (Le Cahier noir, sous le nom de Forez), anticolonialiste (il dénonce la torture en Algérie contre son propre camp), gaulliste fervent, et chroniqueur redoutable (le Bloc-notes).

🔗 Liens

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