Art & Culture → Cinéma → Spielberg (cinéma de la mémoire)
Enjeu global
La Liste de Schindler est la rupture de l’œuvre de Spielberg : le marchand de divertissement filme la Shoah en noir et blanc documentaire. C’est le film de la Mémoire et du Devoir de mémoire, et celui où Spielberg assume sa judéité. L’enjeu : représenter l’irreprésentable sans le trahir — et faire d’un choix formel (la couleur) un acte éthique.
Caractéristiques objectives (fiche technique)
- Réalisation : Steven Spielberg (1993), d’après le roman de Thomas Keneally. Photo : Janusz Kamiński (noir et blanc, caméra à l’épaule documentaire). Musique : John Williams (thème au violon, Itzhak Perlman).
- Interprètes : Liam Neeson (Oskar Schindler), Ralph Fiennes (Amon Göth), Ben Kingsley (Itzhak Stern).
- Récit : un industriel allemand profiteur de guerre finit par sauver ~1 100 Juifs en les employant dans son usine.
- Récompenses : 7 Oscars, dont le premier Oscar du meilleur réalisateur de Spielberg, et meilleur film. En 1994, il fonde la Survivors of the Shoah Foundation.
🎥 Démontage technique
1. La fillette au manteau rouge
- Le film entier est en noir et blanc ; une seule tache de couleur : le manteau rouge d’une fillette pendant la liquidation du ghetto de Cracovie. C’est le moment où Schindler, qui regarde de loin, voit enfin un individu dans la masse — le basculement de sa conscience. Plus tard, le manteau rouge réapparaît sur un chariot de cadavres.
- Portée : la couleur fait tout le travail moral du film. La forme est le propos (voir Spielberg — Le Cinéma de l’Émerveillement et de la Mémoire, analyse D).
2. Le noir et blanc documentaire
- Caméra à l’épaule, grain, lumière dure : Spielberg renonce à son esthétique du merveilleux pour le registre du témoignage. Rupture assumée.
⚖️ Thèses et débats
1. Représenter l’irreprésentable
- Thèse : face à la Shoah, l’image a un devoir de transmission (la Shoah Foundation, ~50 000 témoignages). Montrer pour que “plus jamais” (voir Devoir de mémoire, Traumatisme).
- Contradicteur (majeur) : Claude Lanzmann (Shoah, 1985) refuse toute reconstitution fictionnelle de l’extermination — pour lui, la fiction spielbergienne est une faute morale, l’horreur ne se rejoue pas. Débat fondateur sur les limites de la représentation.
2. La rédemption et le sentimentalisme
- Thèse : la fin (le défilé des survivants réels en couleur déposant des pierres sur la tombe de Schindler) scelle la Rédemption et la transmission.
- Contradicteur : Kael et d’autres y voient un sentimentalisme qui désamorce la noirceur ; la monologue final de Schindler (“j’aurais pu sauver plus”) est jugé appuyé. Défense : c’est la quête de rédemption assumée, cœur de la vision (thèse de Girgus).
📚 Lectures critiques
- Girgus (Renewing the American Narrative, 2021) : le film central de sa thèse — Spielberg cinéaste juif qui “renouvelle le récit américain” par une éthique de la responsabilité envers l’autre (proche de Levinas) et une quête de rédemption. Le “nouveau pacte” mémoriel.
- Morris (Empire of Light) : même un film sur les ténèbres reste construit sur le jeu de la lumière (la bougie de l’ouverture, la fumée des crématoires).
- Kolker : la gravité morale comme face sérieuse d’un cinéaste qu’on réduit au spectacle.
🔗 Notes Connexes
- Spielberg — Le Cinéma de l’Émerveillement et de la Mémoire
- Couleur au cinéma · Devoir de mémoire · Mémoire · Traumatisme
- Violence (la représentation de l’horreur)
- Il faut sauver le soldat Ryan (l’autre film de mémoire historique)
- Judaïsme · Rédemption · Ambiguïté morale
Fiches qui citent celle-ci (8)
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- Couleur au cinéma Art & Culture
- Le Judaïsme Religion
- 20e siècle Histoire
- E.T. l'extra-terrestre : Phénoménologie de l'Enfance et Clairs-Obscurs Art & Culture
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