L'Encyclopédie
Accueil · Mathématiques · Concepts

L'Infini

Mathématiques & philosophie → Le concept-vertige : ce qui n'a pas de fin — L'infini (« sans limite ») est l'une des notions les plus fécondes et déroutantes de la pensée.

Mathématiques & philosophie → Le concept-vertige : ce qui n’a pas de fin


Enjeu global

L’infini (« sans limite ») est l’une des notions les plus fécondes et déroutantes de la pensée. Est-ce un simple processus sans fin, une façon de parler, un attribut divin, ou un objet que la raison peut manier ? Deux millénaires de débats, d’Aristote à Cantor, tournent autour d’une distinction cruciale.

La distinction fondatrice (Aristote)

  • Infini potentiel : un processus qu’on peut toujours poursuivre sans jamais l’achever — ajouter un entier de plus, diviser encore un segment. Il n’est jamais « donné en entier ». Aristote l’accepte.
  • Infini actuel : un tout infini donné d’un coup, achevé, comme un objet. Aristote le refuse ; la tradition médiévale le réserve à Dieu seul.

Les grands moments

  • Paradoxes de Zénon (Achille et la tortue) : le mouvement semble impossible si l’on somme une infinité d’étapes — première crise de l’infini (voir Les Paradoxes en Mathématiques).
  • Torricelli (1641) : la trompette de Gabriel — un solide de longueur infinie mais de volume fini — force à manier une forme d’infini achevé, et déclenche le débat avec Hobbes (qui, matérialiste, tient l’infini actuel pour un non-sens).
  • Le calcul infinitésimal (Newton, Leibniz) : dompter l’infiniment petit — mais sur des bases longtemps floues, rigorisées au XIXe s. par la notion de limite (Cauchy, Weierstrass).
  • Cantor (fin XIXe) : la révolution — il fait de l’infini actuel un objet mathématique rigoureux, montre qu’il existe plusieurs infinis (des « tailles » différentes, les cardinaux transfinis, les aleph), et que l’infini des réels est plus grand que celui des entiers.

Portée philosophique

  • L’infini est le lieu où les mathématiques rompent avec l’intuition sensible : on ne peut pas se le représenter, mais on peut le calculer et le démontrer. Tournant vers la science moderne (voir Bachelard — Obstacle Épistémologique).
  • Il touche à la métaphysique (Dieu, le cosmos) et à l’art (le sublime, le vertige devant l’immense).

À retenir

Distinguer infini potentiel (processus sans fin, accepté d’Aristote) et infini actuel (tout infini donné, longtemps refusé). De Zénon à Torricelli, l’infini actuel résiste ; Cantor lui donne enfin un statut rigoureux (plusieurs infinis, transfinis). C’est le concept où la raison dépasse l’imagination.

🔗 Liens

Fiches qui citent celle-ci (7)